Héritage
Publié le 26 Novembre 2012
Ce matin, j'ai de nouveau essayé d'emmener gone 4 à l'école. Et, comme depuis jeudi, il a craqué, tétanisé, incapable du moindre mouvement. Tout juste arrivait-il encore à respirer. Après passage chez le docteur qui nous a gentiment expliqué que cela le dépassait (...) nous sommes rentrés, et je vais m'atteler à tout mettre en oeuvre pour remonter mon gone.
Une question m'est alors apparue. Que donnons-nous à nos enfants, en terme de génétique ou d'hérédité ? Moi-même porteuse de fardeaux hérités, je croyais mes gones à l'abri tant la bi-polarité est une maladie au féminin. Et voilà que par deux fois, l'expérience me fait douter. Gone 1 a fait une "grosse déprime" à l'âge de 10 ans, dans le début de son cm2. A la même période finalement. Puis, une grosse dépression à 15 ans, qui l'a conduit une année scolaire en soins dans une unité pour adolescent...
Et voilà que gone 4, nous présente les mêmes symptomes...crises de larmes, sentiment de solitude, et fortes angoisses si on aborde le sujet de l'école...Comment un enfant, aimé, entouré, peut-il ressentir de pareilles craintes ? Même après quelques péripéties (un déménagement, une séparation provisoire, etc...) comment un enfant peut-il s'écrouler ? A 9 ans, on est heureux. Quand on a son papa, sa maman, ses frères, un toit, des copains...bref, une vie normale. Et là, hop, comme ça, sans prévenir, la déprime débarque et ravage mes petits.
Je vis avec ma maladie. Je l'observe, la surveille, la gère. Cela demande pas mal d'efforts et une grande lucidité sur soi-même. Mais je m'en sors. Vivre celle de ses enfants par contre, ce n'est pas la même chose. Il faut se blinder. Prendre du recul. Oublier la culpabilité. Se rendre disponible. Plus que d'habitude.Trouver de l'énergie. Pour deux. Se battre. Pour l'autre. Accepter sa souffrance pour l'aider à s'en débarrasser.
Je pars au combat. Et mon petit aussi. Même s'il ne le sait pas encore. Contre la nuit. Le froid. Le "down". Pour plusieurs jours. Plusieurs semaines. Plusieurs mois peut-etre. Mais au final, le jour. Le soleil. Le "up". Je pars au combat contre l'idée que l'hérédité est inévitable. Les schémas sont fait pour être bousculés, les idées reçues balayées et la maladie, vaincue. Je ne porte pas d'épée de Damoclès, je ne reproduis pas des faits. Je suis moi et j'avance avec mes bagages. Je m'en accomode et je progresse. Il en va de même pour mes gones. La seule chose que je veux leur transmettre, c'est mon amour de la vie et ma joie de vivre, d'aimer son prochain et croire en l'humain. Je pars au combat, et, de nouveau, je sais que je vais gagner.